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Francesco Paolo Tosti
1846 - 1916

Un article du Dottore Francesco Sanvitale

A song of a life est le titre d'un "song" de Francesco Paolo Tosti qui résume, avec une clarté lapidaire, la pensée et l'oeuvre du compositeur : une vie fascinante, qu'il faut encore beaucoup découvrir. Il se produit, dans le destin des rapports entre la critique et les musiciens, et dans les liens existants entre les musiciens, les interprètes et le public, d'étranges phénomènes, qui ne peuvent pas toujours se rapporter à une suite de conséquences logiques.

C'est sur ce chemin que débutent les découvertes ou redécouvertes musicologiques, les remises en valeur, les éditions critiques, qui forment, lorsque ces disciplines sont rassemblées, le philtre charmeur de la musicologie. Peu de musiciens ont eu, par le manque d'attention que leur a prêté la critique ou par une fréquentation timide et un peu complexée de leur oeuvre, la possibilité de régénérer un rôle de protagoniste dans la vie musicale et de se révéler à l'intérêt des musicologues.

Certes, il y a toujours eu un Tosti dans le répertoire de la plupart des grands chanteurs, mais pendant longtemps, il a été proposé assez timidement, et avec ces complexes auxquels nous avons fait allusion plus haut, qui révélaient la crainte de ces interprètes de proposer une oeuvre qui produirait un grand effet sur le public, mais de style léger ...

La profonde attention de la critique a, en quelques années seulement, suscité la publication d'un volume biographique et critique pour la maison d'édition EDT de Turin, la publication de l'édition intégrale Ricordi, l'édition complète discographique en 20 CD chez Nuova Era, l'organisation de colloques, de séminaires, d'expositions tant en Italie qu'à l'étranger ; toutes ces initiatives ont permis de reconnaître au répertoire de Tosti une valeur structurale et esthétique, de le libérer des hypothèques d'un jugement inattentif, pour ne pas dire défavorable, et ont enfin permis d'apporter, sur la musique de cet Abbruzain, un jugement de valeur sincère.

Certains jugements plutôt sévères de la critique (Andrea della Corte et Guido Pannain ont été, par exemple, impitoyables), à l'exception d'évaluations générales en clé de lecture idéologique, que nous examinerons plus loin, sont probablement nés de la manière souvent insensée avec laquelle ont été exécutées les romances de Tosti.

L'intérêt récent de la critique et des musicologues a permis de rétablir une exécution plus rigoureuse de ce répertoire aussi bien en concert que sur les enregistrements phonographiques. De cette manière, la rencontre avec la romance de Tosti se réalise à nouveau selon un emploi correct, qui met enfin en valeur la qualité et le charme de la musique du compositeur abbruzain.

Du reste, outre cette nouvelle optique purement musicale, l'étude et la divulgation de l'aventure biographique de Tosti, qui commença à Ortona, au coeur de l'agréable littoral des Abbruzes, le 9 avril 1846, pour se conclure à Rome, à l'hôtel Excelsior, le 2 décembre 1916, contribuent aussi à redéfinir la valeur du personnage. Exactement soixante-dix années vécues à Naples, Londres, Milan, Rome comme protagoniste de la vie musicale : au Conservatoire San Pietro à Maiella, puis comme commentateur du répertoire napolitain avec d'Annunzio et Salvatore di Giacomo ; il fut en étroites relations avec la maison d'édition Ricordi et les célèbres collègues de son époque : Verdi, Puccini, Mascagni, Leoncavallo ou Boito ; il fut professeur de chant à la Cour de la Reine Victoria et du roi Edouard VII, mais surtout il organisa les soirées musicales des souverains ; il enseigna le chant à Marguerite de Savoie et fut l'animateur des plus grands salons aristocratiques et bourgeois de Rome.

Tosti vécut sa longue saison musicale en faisant preuve d'une grande intelligence, de capacités et d'un sens plutôt rare de la mesure.

A une époque où même le plus obscur maréchal de régiment de frontière pouvait apporter sa contribution au mélodrame, Tosti comprit vite que se consacrer à ce genre, au temps de Verdi, Puccini, Leoncavallo et Mascagni, n'aurait pas représenté un choix heureux. Aussi se lança-t-il complètement dans le genre discret et en ce temps-là très actuel de la mélodie de salon. Il confia dans ce genre tous ses intérêts et ses capacités de musicien, faisant atteindre à sa production les niveaux les plus élevés, et il dota ses oeuvres d'une telle énergie qu'elles ont survécu, même si le monde pour lequel elles avaient été conçues et réalisées était amené à disparaître.

Ses romances sont le produit final d'une activité exercée avec un engagement incessant et une discrétion intelligente.

Il quitta Rome en 1875 et partit tenter fortune à Londres où il était déjà connu dans les milieux diplomatiques qui avaient fréquenté la jeune capitale italienne.

 

Le compositeur se révèlera plus tard : des quelque 360 romances cataloguées, il en avait composé une dizaine seulement à 30 ans. C'est vers 1880, dans ses années de maturité, que commence pour lui une saison de composition très intense, dont les fruits ne subiront jamais aucune variation dans l'esthétique de leur forme.

A Londres, année après année, il a su s'imposer un rôle des plus prestigieux dans la vie musicale et mondaine. Il fut le professeur de chant du milieu aristocratique, qui rivalisait pour l'avoir - la famille royale en premier - comme animateur et organisateur des soirées musicales. Il enseigna auprès des instituts les plus prestigieux : Royal College of Music, Royal Academy of Music ... bref, Tosti se trouvait à tous les carrefours des délibérations portant sur la vie musicale anglaise.

Sur la plan de la composition, ses activités de prestige lui étaient des plus utiles, car elles lui permettaient de tester la valeur de ses romances qu'il expérimentait dans les salons, avec des habitudes presque artisanales, à travers l'enseignement du chant, ou lorsqu'il jouait dans les salons de musique. Le fait d'examiner sous cet éclairage les activités de ce musicient engagé, nous aide à mieux comprendre le compositeur, et nous permet aussi de réfléchir sur l'oubli dans lequel il est tombé auprès de la critique, oubli qui a longtemps pénalisé Tosti et sa musique.

Il serait facile d'affirmer simplement que la critique a fait fausse route.
La vérité, comme toujours, est bien plus complexe.

 

Tosti meurt en 1916, au beau milieu de la Grande Guerre qui allait balayer brusquement ce monde où le musicien abbruzain avait réussi à se créer une place. L'avènement du disque, du cinéma, de la radio bouleverse complètement les habitudes des européens, déterminant ainsi de nouvelles attitudes dans le comportement social ... les salons de musique disparaissent peu à peu.

La romance de Tosti, bien que passant sans difficulté des salons aristocratiques et bourgeois aux salles de concert et au disque, grâce à l'attention toujours vigilante des chanteurs, connut cependant un certain déclin artistique qui influencera inévitablement l'exécution des oeuvres. En Italie, au lendemain de la première guerre mondiale, on voit le déclin de l'opéra comme forme vivante de création. Les intellectuels et critiques italiens, essayant de rendre à l'Italie son identité musicale, délaissent les excès rutilants de l'opéra et défendent une musique contemporaine plus 

intellectuelle et plus rigoureuse. S'ajoutèrent à tout cela des études musicologiques d'un niveau médiocre et une activité éditoriale du monde de la musique en crise.


Découvrez le
premier disque
consacré par
Marc Filograsso
et Isabelle Poulain
à F. P. Tosti


Tout récemment
est sorti notre
deuxième disque
Tosti
(le commander ...)

Nous possédons aujourd'hui le recul nécessaire pour relire attentivement toute cette période et nous sommes surpris de constater que tout n'était pas mauvais. Il faut croire, en effet, que le "cas Tosti" n'est que le premier parmi d'autres cas d'aventures en matière de redécouvertes musicologies, dans le "liberty" musical italien.

Certes, sa personnalité est particulière et probablement unique, mais le genre qu'il traita, la "romance", compte, parmi les compositeurs italiens, de très nombreux auteurs fidèles qui ont, eux aussi, laissé des pages importantes. Il s'agit là d'un chapitre de l'histoire de la musique italienne qui est encore à écrire.

En partant de Tosti, pourquoi pas ?

Dottore Francesco Sanvitale

Pour en savoir plus sur F. P. Tosti, cliquez sur le lien suivant :
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